Traduction automatique et traducteur professionnel: ennemis par essence?

    On peut s'intéresser à ce qu'il s'est passé entre la traduction automatique et les traducteurs professionnels depuis l'arrivée de cette technologie.

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    Les technologies de traduction automatique font partie du paysage depuis bien plus longtemps qu'on ne l'imagine. Elles ont aussi connu plus de hauts et de bas que la plupart d'entre nous. Bien qu'elles n'aient jamais été vraiment enterrées, elles sont restées sans intérêt pour la plupart d'entre nous pendant des décennies.  Et l'on peut se demander pourquoi cela semble être également le cas pour les protagonistes d'un secteur qui devraient manifester plus qu'un simple intérêt courtois pour cette technologie : les traducteurs professionnels.

    La première réponse à cette question est généralement: « parce que la qualité est trop mauvaise ». Et qui oserait contester cette affirmation? Mais pourquoi la révolution numérique, le développement d'Internet, le triomphe du big data, et toutes les autres avancées des technologies de l'information n'ont jusqu'à présent pas été capables de résoudre ce problème? N'est-ce qu'une question de temps avant que quelqu'un découvre le Saint Graal au cours des prochains mois, années ou décennies? Il y a de fortes chances que la réponse soit apportée de notre vivant. Sérieusement.

    Traduction automatique

    En attendant, on peut s'intéresser à ce qu'il s'est passé entre la traduction automatique et les traducteurs professionnels depuis l'arrivée de cette technologie. Étonnamment, à chaque nouvelle période de frénésie autour de la traduction automatique, les experts et non-experts ont affirmé que la fin de la profession de traducteur était proche. Ou – ce que de nombreux traducteurs trouvaient encore plus menaçant – que les bénéfices de la traduction automatique seraient tels pour les traducteurs qu'ils leur permettraient de multiplier leur productivité par dix.

    Étant donné qu'aucune de ces prédictions ne s'est vraiment réalisée pour le moment, les professionnels désenchantés se sont tournés vers les technologies qui ont fait leurs preuves au quotidien, quoique beaucoup plus récentes et moins complexes: les systèmes basés sur les mémoires de traduction et leur cortège de fonctionnalités intelligentes. Et leur productivité a atteint des sommets, au moins pour les mises à jour et les contenus répétitifs. La réutilisation de contenus traduits par des professionnels a commencé à dominer la scène. Plus le contenu était correctement structuré, formaté et géré en amont, moins les modules de texte étaient affectés par les modifications. Plus le nombre de textes à envoyer pour traduction était réduit, moins la mise à jour était coûteuse. Mais grâce à la technologie de mémoire de traduction, même des textes peu structurés pouvaient bénéficier de l'appui d'une base de données, étant donné que les algorithmes désignés « correspondances approximatives » proposent des suggestions pour des phrases plus ou moins similaires. Et les coûts de tous ces logiciels de traduction assistée étaient relativement modérés.

    Chemin faisant, la traduction automatique s'est développée sur Internet avec un succès incroyable. Alors qu'elles n'étaient au départ qu'un widget amusant disponible sur les sites web de certains petits prestataires, les technologies de traduction automatique, en particulier celles basées sur des analyses statistiques, sont devenues une fonctionnalité pratique présente sur la quasi-totalité du web et ont retenu l'attention des industriels et du secteur public qui les ont abondamment financées. De toute évidence, surmonter les barrières linguistiques – pratiquement les seules barrières restantes entre les individus et les cultures à l'ère d'Internet – a été largement reconnu comme un objectif stratégique.

    Et tandis que les utilisateurs s'amusent toujours de lire des phrases involontairement humoristiques, telles que « mesdames, il est interdit d'avoir un bébé au bar », la traduction de contenus quotidiens tels que des e-mails, des réponses de forums ou des annonces intéressantes est devenue courante.

    Et c'est vraiment formidable! Si vous faites partie des personnes douées en langue qui se plaignent de la qualité inacceptable de la traduction automatique, mettez-vous un moment à la place d'une personne qui ne maîtrise que sa langue maternelle. Choisissez un extrait de texte aléatoire de quatre ou cinq phrases, disons, en hongrois (pour les locuteurs de hongrois parmi vous: choisissez n'importe quelle langue que vous ne comprenez absolument pas) et lisez-le attentivement.

    Méditez sur ce texte. Prenez votre temps et imprégnez-vous-en.

    Puis copiez-le dans Google Traduction et traduisez-le dans votre langue maternelle.

    Relisez-le.

    Comparez votre expérience. Vous voyez?!

    Example de traduction automatique

    La traduction automatique a été inventée pour comprendre au moins en partie quelque chose que vous n'auriez de toute façon pas compris du tout. Oui, c'est parfois maladroit. Ça peut être faux. Ou les deux. Mais tout de même, votre degré de compréhension du texte hongrois est passé de zéro à un niveau bien au-dessus de zéro en moins de 30 secondes. C'est le point essentiel.

    Maintenant, demandez à un traducteur hongrois de faire le même exercice et demandez-lui si cela a été utile. Il pourrait bien vous regarder de travers.

    Alors, qui a raison? Les traducteurs sont-ils juste trop tatillons?

    Non - ils se trouvent juste dans une situation totalement différente.

    Un traducteur n'a pas besoin d'aide pour comprendre le sens d'un texte source : c'est à peu près aussi utile que de répéter maladroitement dans la même langue ce qu'une autre personne vient de dire.

    Un traducteur a besoin d'aide pour comprendre rapidement la définition de mots et de phrases peu communs ou un vocabulaire spécialisé, pour trouver la formulation appropriée dans la langue cible et pour rédiger une traduction correcte. Il veut être sûr que sa formulation et son style sont adaptés aux attentes du public, ce qui implique dans la plupart des cas de respecter une terminologie, un style et une liste de références prescrits. Il veut se libérer des tâches consistant à corriger les fautes de frappe, reproduire une mise en page ou vérifier si la traduction respecte un nombre limite de caractères.

    Il veut réutiliser et recombiner les textes existants pour former de nouveaux messages, et il apprécierait sans doute davantage d'automatisation pour les contenus très répétitifs.

    C'est pourquoi la simple application de la traduction automatique dans le contexte de la traduction professionnelle, très souvent, n'offre pas les avantages escomptés: la traduction automatique classique n'apporte pas les éléments dont les traducteurs ont absolument besoin pour un bénéfice qui ne les intéresse pas.

    Mais voici une bonne nouvelle.

    La traduction automatique peut être un outil de travail pour les traducteurs si elle répond à leurs besoins réels. Les technologies linguistiques au service des applications de traduction automatique peuvent être employées pour répondre aux besoins des traducteurs sous différentes formes. Les résultats mêmes de la traduction automatique peuvent être paramétrés pour mieux s'adapter aux différents besoins d'un traducteur en matière d'automatisation (intéressé par des recherches ?). En fin de compte, les deux technologies – l'une basée sur les mémoires de traduction et l'autre sur la traduction automatique – vont sans aucun doute converger avec le temps.

    Publié sur    Dernière mise à jour le 17/09/2019

    #Traduction Automatique

    À propos de l'auteur

    Karina is Solution Manager Global Content Suite at Amplexor. She is based in Berlin, Germany.

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